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Anaëlle's space"C'est à trop voir les êtres sous leur vraie lumière qu'un jour ou l'autre nous prend l'envie de les larguer. La lucidité est un exil construit, une porte de secours, le vestiaire de l'intelligence. C'en est aussi une maladie qui nous mène à la solitude." February 20 Le mort saisit le vif, par Claude Lanzmann
LE MONDE | 18.02.08
Je ne suis pas de ceux qui se conduisent comme si la campagne présidentielle n'était pas terminée et tiennent le président de la République pour un usurpateur. Je me sens d'autant plus libre pour m'interroger sur l'étrange proposition qu'il a avancée dans son discours au CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France). Nul doute que Nicolas Sarkozy, s'adressant aux juifs, ne soit animé par la sympathie et les bonnes intentions, comme il le fut à Rome, lorsqu'on le fit chanoine, ou à Riyad devant les membres du Majliss As-shoura. Mais l'enfer, on le sait, en est pavé, les contre-finalités et les effets pervers sont engendrés par des prémisses qui le sont également.Le président de la République pensait sûrement que les juifs allaient lui être reconnaissants de son formidable "cadeau", théâtralement décrété : la prise de relais d'un enfant assassiné il y a soixante-cinq ans, dans les chambres à gaz d'Auschwitz ou de Treblinka, par un autre du même âge aujourd'hui, mais bien vivant, élève de CM2, à qui seront confiés le nom, l'histoire, les photographies du petit mort et qui aura le mandat, sinon de le ressusciter, du moins d'en perpétuer le souvenir. Au Holocaust Memorial Museum de Washington, on épingle au revers de la veste de chaque visiteur un badge avec le nom d'un juif exterminé dans la Shoah. Le visiteur perd son nom et prend celui d'un mort pendant les deux ou trois heures que dure le parcours. Les communicateurs du musée prétendent que l'identification joue à plein, permettant à l'émotion de se donner libre carrière : le mort saisit le vif. Le président, lui, a parlé dans son discours "d'éclats de mémoire", onze mille éclats donc, individualisés, subjectivés. L'enfant vivant de CM2 devient le correspondant de l'enfant juif, comme nous avions autrefois, en classe d'anglais, des correspondants britanniques, canadiens ou australiens. La différence est que nous étions tous vivants. Les prisonniers condamnés à de longues peines ont eux aussi des correspondantes, les soldats sans famille aussi. Rien de neuf dans tout cela, c'est une vieille idée de la charité chrétienne et, aux Etats-Unis, mormone. J'entends bien, à la lecture des déclarations des inspirateurs ou inspiratrices du président, qu'on prétend lutter contre le racisme, dont la Shoah est le paradigme - ce qui fait pour une part son unicité. Mais la mémoire de la Shoah est autrement plus complexe que ces simplifications mêlées et brouillonnes, qui témoignent d'un activisme de néophytes, semblant faire table rase de cinquante ans d'historicisation acharnée. La Shoah n'est pas une terra incognita et son histoire n'est pas une tabula rasa : des dizaines de milliers de livres ont été écrits dans le monde entier, des films, des oeuvres, des témoignages, etc. Des hommes et des femmes, des éducateurs, des enseignants travaillent et réfléchissent chaque jour à la transmission de l'événement central du XXe siècle. Plus que tous, les juifs ont contribué à cette transmission et, soyons-en sûrs, le feront dans les siècles des siècles. Cela ne s'arrêtera pas. C'est une mode surprenante aujourd'hui que d'entendre un peu partout : "Les derniers survivants disparaissent, après eux, il n'y aura plus rien." Cette crainte est une prémisse doublement erronée : pour commencer, et c'est heureux, des survivants ont encore bon pied bon oeil ; croit-on par ailleurs que la mort du dernier centenaire de la guerre de 1914 va brutalement rejeter celle-ci au néant, la frapper du sceau de l'oubli ? Voilà longtemps que la pédagogie et l'enseignement de la Shoah sont à l'ordre du jour et que la Fondation pour la mémoire de la Shoah s'affronte sans trêve à ces questionnements. Je ne discute pas ici des effets traumatisants que le relais des enfants morts pourrait avoir sur les petits relayeurs. Si c'est trop lourd pour eux ou mal accompagné, ils oublieront. Les choses, nous avons appris cela, doivent venir à leur heure. Je n'ai jamais ni demandé ni imposé à mon fils âgé de 14 ans et demi de voir mon film Shoah. Cela a été sa décision, de son seul ressort. Il l'a fait quand il l'a voulu, comme il l'a voulu, je ne lui ai posé aucune question. Il m'en a parlé de lui-même au bout de six mois. Le film avait fait son chemin en lui. Quel chemin ! C'était l'intelligence, l'émotion instruite par l'intelligence, le contraire de l'identification facile ou forcée, qui parlaient par sa bouche. J'en profite pour dire au passage que la transmission s'effectue au premier chef par la culture et les oeuvres d'art. Deux ministres de l'éducation nationale, Jack Lang et François Fillon, l'avaient profondément compris. Le premier initia un DVD de trois heures d'extraits de Shoah pour les lycéens et collégiens de France, à partir de 13 ans, qui fut adressé à tous les établissements du pays. Quant à François Fillon, il m'accompagna dans plusieurs lycées, dont certains réputés difficiles, et peut témoigner de l'impact extraordinaire des séquences choisies de Shoah sur les élèves, majoritairement maghrébins ou noirs. Le premier ministre s'en souvient sûrement encore. Quoi qu'il en soit, gardons-nous de l'activisme mémoriel qui semble, à chacune de ses éruptions, redécouvrir à neuf ce qui est su depuis si longtemps, et, incapable de regarder en face l'immensité de la perte, s'ingénie à ouvrir des chemins secondaires qui instituent l'oubli plus que la mémoire. Claude Lanzmann est directeur des "Temps modernes", cinéaste. February 14 Obscénité franco-tchadienne, par Jean-François BayartLe Monde, 12.02.08 Idriss Déby a pris le pouvoir par les armes en décembre 1990. Il venait de Libye et du Darfour et avait bénéficié de l'aide militaire française pour chasser Hissène Habré, devenu embarrassant. Il a persisté dans son être présidentiel jusqu'à aujourd'hui à grand renfort de combats, de répression, de fraudes électorales, de manipulations constitutionnelles. Pillant sans ambages les ressources de l'économie nationale, bafouant les accords signés avec la Banque mondiale quant à l'utilisation de la rente pétrolière, impliqué dans la contrebande avec l'Arabie saoudite, spéculant contre sa propre monnaie à l'approche de la dévaluation du franc CFA, en janvier 1994, grâce aux informations dont il bénéficiait en sa qualité de chef d'Etat, éclaboussé par un trafic de faux dinars de Bahreïn, il a néanmoins joui du "soutien sans faille" de la part de la France. Les rebelles qui veulent maintenant le renverser sont eux-mêmes issus de son entourage et ont donc longtemps bénéficié des sollicitudes de Paris avant de trahir un maître désormais moins partageux. Nicolas Sarkozy a doublé la mise. Au risque de finir de s'aliéner ses partenaires européens qui déjà redoutaient le dévoiement de la force européenne (Eufor), il a engagé dans les combats des officiers d'état-major, le 1er février, et des éléments du commandement des opérations spéciales (COS), le 2. Il a ensuite livré des armes le 4 février via la Libye, dont le dirigeant avait été reçu en décembre 2007 à Paris avec les égards que l'on sait. Le 6 février, le ministre de la défense, Hervé Morin, s'est rendu à N'Djamena pour réitérer le "soutien sans faille" de la France au président Déby, et, pour que chacun comprenne le message, il s'est fait photographier l'oeil dans le viseur d'une arme automatique. A quelques mois de la présidence française de l'UE, le coût diplomatique de ce choix sera élevé. Politiquement, et sans doute militairement, il sera payé en pure perte puisque le régime tchadien est exsangue et n'est plus qu'un miraculé du COS. Tôt ou tard, il sera remplacé par l'un de ses clones, avec ou sans l'aide du Soudan. Les livraisons d'armes nourriront la reprise de la guerre dans l'est du Tchad et au Darfour, voire en Centrafrique. Jusque-là, cette politique absurde reste dans la continuité des années 1990-2000. L'habillage onusien ex-poste de l'intervention française ne constitue pas non plus une rupture, quoi qu'en dise l'Elysée. Jacques Chirac et Dominique de Villepin étaient déjà parvenus à vêtir de la sorte l'opération "Licorne" en Côte d'Ivoire, quelques semaines après son déclenchement. Non, la vraie rupture est ailleurs : dans la pornographie de la mise en scène, inédite dans une "Françafrique" qui pourtant n'a jamais été bégueule en la matière. Pour tenir sa promesse vantarde d'arracher aux griffes de la justice nègre L'Arche de Zoé, Nicolas Sarkozy a, dans les faits, troqué la grâce de six criminels humanitaires français contre l'arrestation musclée des quatre principaux leaders de l'opposition légale tchadienne, signataires de l'"accord politique global visant à renforcer le processus démocratique", paraphé le 14 août sous les auspices de l'Union européenne. Certes, Hervé Morin a dit vouloir se préoccuper de ceux-ci dès que la situation le permettrait. Mais deux, quatre, huit jours à 220 volts, sous le fouet ou en balançoire, c'est long, monsieur le ministre. Si tant est que ces hommes soient toujours vivants. Et sans parler de leurs militants, raflés dans les quartiers de N'Djamena, emprisonnés, torturés, voire exécutés, dans les heures et les jours qui ont suivi le miracle du COS. Paris n'a pas su, ou pas voulu, monnayer son intervention contre le respect du pluralisme et des droits de l'homme. Le ton martial du président Déby indique que la chasse aux démocrates (et non seulement aux rebelles) est ouverte. Son cynisme laisse présager le pire : "Je ne m'occupe pas du tout de ces détails que nous verrons plus tard", a-t-il déclaré à propos des quatre disparus. Tout comme Juvénal Habyarimana après l'offensive du Front patriotique rwandais en octobre 1990, il a utilisé et continuera d'instrumentaliser l'attaque militaire dont il a été l'objet pour se retourner contre l'opposition légale avec la caution de la France et pour mettre hors d'état de nuire les mouvements qui auraient pu contribuer à une sortie politique du conflit armé. Sur le terrain, les troupes françaises collaboreront avec des homologues tchadiens coupables d'assassinats politiques, comme au Rwanda quinze ans auparavant, même si les deux situations ne sont en rien comparables. A l'Europe, il est signifié ce que valent ses auspices, et celle-ci, au demeurant, se couche. Le plus sordide reste à venir sur nos écrans de télévision. La grande joie de la nation saluant la libération de ses humanitaires égarés, mais trop injustement punis par la justice nègre, occultera définitivement le sauvetage militaire d'un pouvoir prédateur et meurtrier au prix de l'annihilation de son opposition légale. Le discours de Nicolas Sarkozy sur l'Afrique, depuis son élection, nous a préparés à cette arithmétique : six coupables blancs valent quatre innocents noirs, et le sort de centaines de victimes anonymes envoyées ad patres par des munitions françaises est un non-événement puisque les médias l'ont tu et que ces morts n'appartiennent pas à l'histoire. Obscène. Néanmoins, cette obscénité n'est pas qu'une faute de goût de la part d'un président qui décidément n'en a guère. Annoncée par le discours de Dakar et par le mépris affiché à l'endroit de la justice tchadienne, elle entachera définitivement son action au sud du Sahara pour le restant de sa carrière politique. Elle souille la compétence et le dévouement des serviteurs de l'Etat qui vaille que vaille oeuvrent aux relations franco-africaines dans un contexte difficile. Elle compromet le travail et la sécurité des entreprises et des ONG de notre pays, qui sont actives sur le continent. Elle plonge dans la honte et la colère les Français et les Africains qui se font une autre idée de la République et hésitent désormais à se regarder dans les yeux. Jean-François Bayart est directeur de recherche au CNRS. February 13 Les bénéfices de Total dépassent 12 milliards d'euros...Et combien pour l'Erika ? Souvenez-vous ....
Le groupe pétrolier Total a annoncé, mercredi 13 février, un résultat net ajusté (hors éléments exceptionnels) de 12,2 milliards d'euros – de loin le plus important des entreprises du CAC40, mais en baisse de 3 % par rapport aux 12,5 milliards atteints en 2006. Mais, contrairement à la plupart des compagnies internationales (ExxonMobil, Shell, BP, Chevron, ConocoPhillips), la majordirigée depuis un an par Christophe de Margerie affiche une hausse de 1,5 % de sa production quotidienne (2,391 millions de barils équivalent pétrole) dans un environnement marqué par de nombreuses difficultés : incidents techniques, retards et dérive des coûts des projets, tensions politiques (Venezuela, Russie, Nigéria) et difficultés d'accès aux réserves.
Les dirigeants de Total expliquent ce recul du bénéfice net par la faiblesse du dollar par rapport à l'euro, les profits libellés en billets verts étant eux en progression de 6 % à 16,7 milliards de dollars (11,5 milliards d'euros). L'envolée du prix du baril fin 2007 – il a atteint 100 dollars le 3 janvier – a gonflé les profits des compagnies, même si les contrats de partage de production signés avec les pays producteurs prévoient que plus ce prix augmente moins les compagnies internationales en reçoivent. En 2007, Total a dû ramener de 5 % à 4 % sa prévision de hausse de la production annuelle moyenne sur la période 2006-2010. Malgré un environnement économique et politique qui se dégrade, ses dirigeants restent confiants pour les années à venir en raison de la mise en production prochaine de plusieurs champs pétrolifères prometteurs. Et ce, malgré une baisse de 6 % l'an dernier des réserves prouvées, tombées à 10,4 milliards de barils (12 ans de production au rythme actuel). Trop confiant ? Total a établi ces prévisions sur la base d'un baril à 60 dollars, alors que son prix oscille depuis quelques mois autour de 90 dollars. Atteindre ces 4 % suppose une forte augmentation en 2009-2010. Directeur général pour l'exploration-production, Yves-Louis Darricarrère assure que "Total dispose d'un des portefeuilles de projets les plus étoffés du marché sur la période 2006-2010". La production devrait encore afficher en 2008 "une croissance significative", même avec un baril à 80 dollars, souligne Total. La publication des bénéfices des majors a relancé la polémique et les demandes d'une taxe exceptionnelle. A la publication des comptes de Shell, le syndicat britannique Unite a qualifié ces profits d'"obscènes". "Nous réalisons de gros profits, mais nous avons aussi d'énormes investissementsà engager", a répliqué le patron de la 2e major mondiale, Jeroen van der Veer. ENVOLÉE DES COÛTS Ces
investissements – souvent équivalents au bénéfice annuel (16,1
milliards de dollars pour Total en 2007 en progression de 8 %) – ne se
traduisent pourtant pas par une hausse de la production tant les
contraintes sont fortes. Une partie de ces sommes est absorbée par
l'envolée des coûts des projets, comme à Sakhaline (Russie) ou à
Kashagan (Kazakhstan). ExxonMobil a augmenté ses investissements de 40
% en trois ans pour voir sa production reculer de 1 % en 2007. Shell a perdu 4,5 % (à 3,3 millions de barils, en baisse constante depuis le pic de 2002) et s'attend encore à une légère baisse en 2008. BP a pompé 3 % de moins qu'en 2006 (3,8 millions de barils) et Chevron 1 % de moins. Les grandes compagnies tablent sur la mise en production de nouveaux gisementsen 2008-2009 : Total en Angola, Shell en Australie, BP dans le golfe du Mexique… Toutes s'intéressent à la Russie et à l'Asie centrale. Et toutes utilisent également leurs considérables profits pour verser de généreux dividendes et racheter leurs propres actions : 35,6 milliards de dollars chez ExxonMobil, 13,4 milliards chez Shell. Total devrait verser un dividende de 2,07 euros par action. Les résultats des majors reflètent aussi leurs nouvelles relations avec les Etats où elles produisent. Total, BP, Chevron et l'italien Eni ont accepté les conditions imposées par le président vénézuélien Hugo Chavez, qui laisse à la compagnie publique PDVSA 60 % des grands projets d'extraction d'huiles extra-lourdes de la région de l'Orénoque. ExxonMobil a refusé, tout comme ConocoPhillips, qui a ainsi subi une dépréciation d'actifs de 4,5 milliards de dollars en 2007. Depuis deux ans, Shell perd des dizaines, voire des centaines de milliers de barils par jour au Nigéria en raison d'attaques répétées de ses installations. Au point que la compagnie vient de se déclarer en situation de "force majeure" et suspendre la livraison de certains clients. Les compagnies internationales n'ont accès qu'à 15 % des réserves d'or noir de la planète. Plus des trois-quarts sont détenus par les entreprises publiques des pays producteurs. SaudiAramco (Arabie saoudite) dispose d'environ 260 milliards de barils, ses homologues iranienne (NIOC) et irakienne (INOC) ou koweitienne (KPC) ont respectivement 13 %, 11 % et 10 % des réserves mondiales. Pour les reconstituer, les majors occidentales doivent explorer de nouveaux territoires au prix d'investissements de plus en plus lourds et risqués politiquement, financièrement et environnementalement : huiles extra-lourdes du Venezuela, sables bitumineux du Canada, pétrole des eaux profondes du golfe de Guinée et de l'Arctique, ces derniers étant devenus plus accessibles en raison de la fonte de la banquise. Jean-Michel Bezat Erika : amende de 375000 euros + 64millions d'euros de dommage et intérêts. Ca vous rappellerait pas, par hasard, une certaine dichotomie exposée il y a très peu ici même ? February 12 Ils ont une richesse qui va bien au-delà de leur feuille de paie: ils affrontent la vie ensemble.La vie ric-rac d'une famille ordinaireElle a posé sur la table de la cuisine une grande feuille de papier quadrillée couverte de chiffres. "J'ai pris tous nos relevés bancaires et j'ai calculé le coût de chaque poste. Ce n'était pas compliqué : toutes nos dépenses sont mensualisées. Ici, on n'aime pas les mauvaises surprises !" Bénédicte Badin et son mari Pascal ne peuvent guère se les permettre : ils gagnent tous les mois le revenu médian d'un ménage français ayant deux enfants, soit un peu moins de 3 200 euros. La famille Badin se situe au milieu de l'échelle sociale française, à un endroit où le pouvoir d'achat n'est plus un drame, mais encore un souci. Bénédicte Badin, qui a 33 ans, est aide-comptable à 80 % dans une association familiale de Caen. "La garantie d'un salaire régulier, d'un travail sans souci et d'un retour chez soi, tous les soirs, à 18 heures", résume-t-elle. Elle égrène un à un les avantages que lui procure son emploi : seize tickets restaurants à 7,30 euros, une mutuelle à 20 euros pour toute la famille, un comité d'entreprise qui distribue des bons cadeaux à Noël et des aides pour le centre aéré l'été. "Je ne travaille pas le mercredi, j'ai un employeur sérieux et je gagne 980 euros par mois. Pour un second emploi, c'est parfait." Car Bénédicte Badin considère que le premier emploi du ménage, celui du "bread-winner", comme disent les sociologues, est celui de son mari. Pascal, qui a aujourd'hui 34 ans, a déjà une longue vie de plombier-chauffagiste derrière lui : à 15 ans, il est entré en préapprentissage et depuis, il a toujours travaillé sur les chantiers. "J'ai eu plusieurs patrons mais je n'ai jamais été à 35 ou à 37 heures par semaine ! Je gagne 1 550 euros par mois pour 41 heures 15 de boulot par semaine. Le travail, ça ne me fait pas peur." Avec leurs deux salaires, la prime de Noël de Pascal, les allocations familiales et la prestation concernant le mode de garde, le couple, qui n'est pas imposable, gagne près de 3 050 euros par mois. Pour y ajouter un "petit quelque chose", Bénédicte Badin s'occupe, le dimanche, du portage de Ouest-France dans son village de Mézidon-Canon (Calvados). "Les journaux sont livrés devant la maison à 5 heures 30, je les distribue dans les boîtes aux lettres jusqu'à 8 heures 30 et je passe à la boulangerie prendre du pain pour le petit-déjeuner. Evidemment, je me lève tôt le dimanche mais cela me rapporte 150 euros par mois." Pascal et Bénédicte Badin ne se plaignent pas - "Cette vie nous convient parfaitement", insistent-ils - mais ils reconnaissent que le quotidien exige une attention de tous les instants. "Ici, on ne se prive pas, on fait attention", résument-ils. Les mille et une dépenses d'une famille avec deux enfants bas âge - Alexandre a 4 ans, Elise 3 - sont budgétées avec précision : dès le mois de février, Pascal et Bénédicte Badin mettent tous les mois 60 euros de côté pour payer le centre aéré de juillet et ils groupent le supermarché avec un déplacement à Caen pour ne pas dépenser de l'essence inutilement. Comme beaucoup de Français, le premier poste de leur budget est consacré au logement : en 2000, les Badin ont acquis, grâce à un prêt sur vingt-cinq ans, une maison abandonnée depuis cinq ans que Pascal restaure de ses mains le soir et le week-end. "Je suis tout le temps dans les travaux", constate-t-il. Le remboursement du prêt représente 930 euros par mois et les travaux 300 euros en moyenne, soit 40 % de leur budget, mais cette maison est une priorité. "On aimerait la laisser à l'un de nos enfants et compenser pour l'autre, explique Bénédicte Badin. Mais là, évidemment, on frise l'utopie..." Le reste, admettent-ils, est "ric-rac". En début de mois, Bénédicte et Pascal Badin, qui apportent un casse-croûte sur leur lieu de travail, mettent de côté les trente-huit Tickets Restaurant qui leur sont distribués pour faire leurs courses chez Leclerc. "Cela fait un gros chariot, 300 euros." Pour aller de bon matin sur les chantiers, Pascal Badin utilise sa voiture mais sa femme se rend à Caen par le train. "C'est 46 euros par mois, la valeur d'un demi plein. Il faut que je marche un peu pour aller à la gare mais financièrement, ça vaut le coup." Le budget "vêtements" est calculé au centime près. "On achète en soldes, et seulement pour les enfants, précise Pascal. Moi, de toute façon, je suis tout le temps en tenue de travail." La nourrice d'Alexandre et d'Elise, qui sont tous les deux à l'école maternelle, est finalement le seul vrai luxe des Badin : alors qu'ils pourraient les laisser à la cantine et au goûter, Pascal et Bénédicte préfèrent, à midi et le soir, les faire garder, ce qui leur coûte 140 euros par mois après déductions des allocations. "C'est cher mais nos enfants y sont bien, explique Bénédicte Badin. Cette nounou s'est occupée d'eux depuis leur naissance, nous y sommes attachés." Ces dépenses faites, il ne reste plus grand-chose pour les loisirs. "Un budget presque nul", sourit Bénédicte. Pas de restaurant - "quand on s'est rencontrés, on allait de temps en temps dans un petit routier mais on n'y va plus" -, pas de spectacles ou de sorties, et deux semaines de vacances, tous les ans, dans l'appartement d'une grand-mère, en Espagne. "Pour les payer, on met de côté 100 euros par mois pendant toute l'année, raconte Pascal. On y va en voiture, il n'y a pas de loyer et on fait attention aux dépenses." Les Badin disent n'avoir qu'un souci : leur retraite. "On se fait un capital en pierre mais avec un salaire à 80 %, ça ne sera pas mirobolant", soupire Bénédicte. Anne Chemin Et qu'on me parle d'égalité ...Les grands patrons français ont vu leur rémunération croître de 40 % en 2007 Les grands
patrons français sont désormais les mieux payés d'Europe. Selon l'étude, ce sont principalement les bonus qui ont permis cette augmentation substantielle. Et cette part de la rémunération "continue à croître de manière significative", relève Hay Group, soulignant qu'elle a bondi, en 2007, à 1,431 million d'euros pour les mieux payés du CAC, et à 764 000 euros pour le bas du CAC. Les stock-options ont également fortement augmenté (+ 48 % pour 58 % des 135 entreprises étudiées) : leur montant valorisé ainsi que celui des autres actions gratuites a atteint 4,828 millions d'euros pour le haut du CAC 40, et 1,610 million d'euros pour le bas. Seuls les deux tiers des entreprises conditionnent la distribution de ces actions à la performance du dirigeant, souligne l'étude, ajoutant que de plus en plus de PDG bénéficient d'un "matelas de sécurité". En 2007, ils étaient 39 % à ne pas en avoir, contre 60 % en 2006. Quant à la rémunération des patrons des plus petites entreprises du SBF 120, elle atteint 882 000 euros, selon les chiffres de Hay group qui a analysé les comptes de 135 sociétés (CAC 40, SBF 120, plus quinze entreprises telles que ASF, Colas, Latécoère, Sanef, Airbus et DCNS). February 04 Voeux de la Ligue des Droits de l'HommeVie privée, vie publique, République et laïcité un éditorial de Jean-Pierre Dubois, président de la LDH 2007 s’est achevée dans un climat exaspérant pour les défenseurs des droits, de la citoyenneté et de la république laïque, démocratique et sociale que nous sommes. Exaspérante, la vulgarité clinquante qui étale la fortune et les bonnes fortunes du monarque dans le style des pires feuilletons télévisés, jusqu’à retrouver le premier magistrat de la République à la une d’un de ces hebdomadaires qui semblent devoir servir de chroniqueurs du quinquennat. Au-delà d’une personnalité « décomplexée », la dégradation de la représentation politique se révèle crûment dans la mise en scène de cette dolce vita élyséenne. Exaspérante et plus intolérable encore, cet autre mélange « vie privée, vie publique » qui installe des convictions religieuses personnelles au cœur de la représentation de la République. Le nouveau « chanoine de Latran », concédant que la laïcité est « un fait incontournable dans notre pays », partage « les souffrances que sa mise en œuvre a provoquées en France chez les catholiques, chez les prêtres, dans les congrégations, avant comme après 1905 » et proclame que « la laïcité […] n’a pas le pouvoir de couper la France de ses racines chrétiennes. Elle a tenté de le faire. Elle n’aurait pas dû […] Arracher la racine, c’est perdre la signification, c’est affaiblir le ciment de l’identité nationale, et dessécher davantage encore les rapports sociaux qui ont tant besoin de symboles de mémoire. » Voici donc cette fameuse « identité nationale » éclairée par celui qui en a fait un objet de ministère : « la République a intérêt à ce qu’il existe […] une réflexion morale inspirée de convictions religieuses. D’abord parce que la morale laïque risque toujours de s’épuiser ou de se changer en fanatisme quand elle n’est pas adossée à une espérance qui comble l’aspiration à l’infini. Ensuite parce qu’une morale dépourvue de liens avec la transcendance est davantage exposée aux contingences historiques et finalement à la facilité. » Oui, vous avez bien lu : seules les croyances religieuses peuvent vacciner contre le fanatisme. On ne sait qu’admirer, de la lucidité du regard porté sur notre monde ou de la richesse de la réflexion sur le passé, pourtant facilitée par le lieu même où il s’exprimait, que révèle chez le « Président-chanoine » cette métaphysique fort peu républicaine. Mais qui assurera l’imprégnation dans les consciences de cette « religion civile catholique » ? « Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance. » Reste à indiquer à « l’instituteur » comment le « Président-chanoine » souhaite qu’il « s’approche » du pasteur et du curé ; on espère qu’il n’ira pas jusqu’à préconiser « la radicalité du sacrifice de sa vie », le suicide du martyr ne semblant pas avoir fait toutes ses preuves dans la lutte contre le fanatisme. Il nous faut, dans notre critique des dégâts démocratiques de ce début de mandat présidentiel, prendre la mesure d’un brouillage des repères qui menace tous les aspects de la vie civique et de l’éthique républicaine. Cela suppose une réflexion approfondie sur les changements sociaux et culturels qui rendent la tâche à la fois plus difficile et plus indispensable. Les réflexions riches et nombreuses de nos derniers Congrès sur la laïcité en ce début de XXIème siècle nous y aideront. Bonne année, « laïque, démocratique et sociale », à toutes et à tous… Jean-Pierre Dubois Les vœux de la LDH pour 2008 : retrouver la République Paris, le 3 janvier 2008 En ce début d’année 2008, c’est d’abord aux instituteurs de la République que la Ligue des droits de l’Homme tient à adresser ses vœux les plus solidaires. A ces instituteurs que le Président de la République, inconscient des devoirs de sa charge, a insultés dans l’homélie qu’il a prononcée le 20 décembre dernier comme « chanoine du Latran ». Selon Nicolas Sarkozy, « dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance ». Le monde est plein de « fous de Dieu » qui, portés par une « espérance » délirante, poussent leur « engagement » jusqu’à « la radicalité du sacrifice de leur vie »… et de centaines d’autres vies innocentes. Le tout au nom de « la différence entre le bien et le mal » et de la purification des âmes. Qu’en tant qu’individu Monsieur Sarkozy mette ces valeurs au pinacle n’est qu’un signe de plus de son ancrage, derrière l’agitation d’une communication « décomplexée », dans les valeurs les plus traditionalistes de la société française. Mais qu’en tant que Président de la République française il mette le curé au-dessus de l’instituteur comme responsable de « la transmission des valeurs », qu’il ignore à ce point ce que sont précisément les valeurs de la République qu’il est censé représenter, témoigne de l’ampleur de la crise politique et morale qu’aggrave son exercice de la fonction présidentielle. L’article 1er de la Constitution définit la République française comme « laïque, démocratique et sociale ». « Laïque », elle refuse le mélange entre convictions religieuses et exercice des responsabilités politiques. « Démocratique », elle refuse la concentration des pouvoirs entre les mains d’un « Président-Soleil » entouré de « collaborateurs » et de courtisans. « Sociale », elle refuse la juxtaposition d’un « bouclier fiscal » pour les plus riches et de la régression du « bouclier social » pour les plus pauvres. Ce n’est pas seulement dans les jets privés, les yachts et au « Fouquet’s » que s’étale le mépris des privilégiés pour cette fameuse « France qui se lève tôt ». C’est aussi dans le cynisme avec lequel sont foulées aux pieds, jour après jour, les valeurs républicaines. La LDH salue donc d’abord, aujourd’hui, ces instituteurs qui, à ses yeux, restent les mieux à même de transmettre le respect des valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité, de laïcité et de solidarité. Et elle souhaite que 2008 donne à tous les Français plus d’occasions qu’en 2007 de retrouver, face au spectacle que donne la représentation politique, confiance en l’avenir de la République. Une politique de régression, par Patrick Braouezec et Michel Onfray
January 15 L’Inconstance Inconstance, affreux sentiment, Je t’implorais, je te déteste. Si d’un nouvel amour tu me fais un tourment, N’est-ce pas ajouter au tourment qui me reste ? Pour me venger d’un cruel abandon, Offre un autre secours à ma fierté confuse ; Tu flattes mon orgueil, tu séduis ma raison ; Mais mon cœur est plus tendre, il échappe à ta ruse. Oui, prête à m’engager en de nouveaux liens, Je tremble d’être heureuse, et je verse des larmes ; Oui, je sens que mes pleurs avaient pour moi des charmes, Et que mes maux étaient mes biens. Si tu veux m’égarer dans l’amour que j’inspire, Si tu ne veux changer ton ivresse en remords, Arrache donc mon âme à ses premiers transports, À ce tourment aimé que rien ne peut décrire. Me sera-t-il payé, même par le bonheur ? Pour le goûter jamais mon âme est trop sensible ; Je la donne au plaisir; une pente invincible La ramène vers la douleur. Comme un rêve mélancolique, Le souvenir de mes amours Trouble mes nuits, voile mes jours. II est éteint ce feu, ce charme unique, Éteint par toi, cruelle. En vain à mes genoux Tu promets d’enchaîner un amant plus aimable, Ce cœur blessé, dont l’amour est jaloux , Donne encore un regret, un soupir au coupable. Qu’il m’était cher ! que je l’aimais ! Que par un doux empire il m’avait asservie ! Ah ! Je devais l’aimer toute ma vie, Ou ne le voir jamais ! Que méchamment il m’a trompée ! Se peut-il que son âme en fût préoccupée, Quand je donnais à son bonheur Tous les battements de mon cœur ! Dieu ! comment se peut-il qu’une bouche si tendre Par un charme imposteur égare la vertu ? Si ce n’est dans l’amour, où pouvait-il le prendre, Quand il disait : « Je t’aime ; m’aimes-tu ? » Ô fatale inconstance ! ô tourment de mon âme ! Qu’as-tu fait de la sienne, et qu’as-tu fait de moi ? Non, ce n’est pas l’Amour, ce n’est pas lui, c’est toi Qui de nos jours heureux as désuni la flamme. Je ne pouvais le croire : un triste étonnement Au cœur le plus sensible ôtait le sentiment. Mes pleurs se desséchaient à leur source brûlante, Mon sang ne coulait plus ; j’étais pâle, mourante; Mes yeux désenchantés repoussaient l’avenir : Tout semblait m’échapper, tout, jusqu’au souvenir. Mais il revient, rien ne l’efface ; La douleur en fuyant laisse encore une trace. Si tu m’as vue un jour me troubler à ta voix, C’est que tu l’imitais, cet accent que j’adore. Oui, cet accent me trouble encore, Et mon cœur fut créé pour n’aimer qu’une fois. Marceline Desbordes-Valmore - Elégies January 09 Manifeste pour un parti du rythmeManifeste
pour un parti du rythme Aujourd'hui j'ai besoin, pour être un sujet, vivre comme un sujet, de faire une place pour des poèmes. Une place. Ce que je vois autour de moi par la plupart appeler la poésie tend étrangement, insupportablement, à refuser une place, sa place, à ce que j'appelle un poème.
NOTA BENE : Ceci constitue, le 2 novembre 1999, la deuxième
et provisoirement définitive version. |
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